- Arnaques sentimentales : les victimes ligériennes se rebiffent

Arnaques sentimentales : les victimes ligériennes se rebiffent

publié le 29.08.2010 sur leprogres.fr

Nadia mène son combat depuis neuf ans. Désormais, plusieurs autres victimes de mariages frauduleux, hommes ou femmes, tentent de faire annuler leur union / Yves Flammin 

Lorsque l'un des deux mariés poursuit un but migratoire, on parle de mariage gris. L'autre est une victime, car abusé avant par de belles paroles et abandonné après par celui, ou celle, qui a obtenu son titre de séjour

Depuis neuf ans, la Stéphanoise Nadia se battait seule pour que soit reconnu son statut de victime. Désormais, de plus en plus d'hommes et de femmes sortent du silence et de la honte pour dire qu'eux aussi ont été abusés jusqu'au mariage dit « frauduleux ».

Les victimes, de nationalité française mais souvent d'origine algérienne, rencontrent un beau jour celui, ou celle, qui va toucher leur cœur.

Sonia, de Saint-Chamond, raconte : « C'était un beau parleur, il me faisait des compliments puis des cadeaux. Au début, je ne ressentais rien, puis je suis tombée amoureuse ».

Elle déchante rapidement : « En sortant de la mairie, il a enlevé son alliance et il ne voulait pas qu'on le prenne en photo. Un mois après, il est parti en Algérie ».

Nadia et Sonia sont persuadées qu'un réseau s'est installé à Saint-Etienne. Un petit groupe de quatre ou cinq hommes « bien informés », qui conseillent les candidats à ces arnaques sentimentales. On retrouve l'identité de ces personnes dans les dossiers juridiques quand elles apportent leur témoignage au marié.

Les victimes nous apprennent d'ailleurs que leur rôle porte un nom. On parle de « blédards » et de « blédardes », par référence au bled, un mot arabe.

Une rapide recherche sur internet confirme que le terme est connu des internautes. Depuis le Sénégal est même construit un site qui explique comment « venir en Europe ».

En novembre dernier, Éric Besson, ministre de l'Immigration, a reçu les victimes de mariages gris, via l'Association nationale des victimes de l'insécurité.

Cette prise de conscience du gouvernement n'a pas pour autant fait avancer les dossiers. Voilà pourquoi ceux et celles qui se sentent salis dans leur honneur témoignent dans les médias. Toutefois, avant de trouver ce courage, tous ont connu des jours de colère et des nuits sans sommeil.

Le mari de Nadia a tenté de la « pousser au suicide ». Sonia est allée plusieurs fois faire une main courante au commissariat pour « des menaces de mort ». Une fois, tout de même, son mari a écopé de deux mois avec sursis pour coups et blessures. Il lui avait fracturé le nez.

Bien évidemment, aucun des deux époux n'a participé aux frais du foyer, d'ailleurs aucun ne travaillait. Sonia se souvient : « Il se levait à midi et il ne débarrassait même pas son petit-déjeuner ».

Ni Nadia, ni Sonia, ne sont parvenues à faire annuler leur mariage. C'était pourtant leur souhait le plus cher. En effet, un simple divorce permet à l'arnaqueur de conserver son titre de séjour pendant dix ans. Ces papiers lui offrent la possibilité de percevoir la panoplie des aides sociales.

Pourtant, l'époux de Nadia a convolé en seconde noce en Algérie. Elle a tenté de dénoncer sa bigamie, mais l'affaire n'a pas été retenue par la justice. Nadia se sent victime une nouvelle fois et son vœu le plus cher désormais consiste à éviter à d'autres de vivre « le même malheur ».

Yvette Granger