- Saint-Etienne-Grozny-Pristina

Publié le 31 Janvier 2011

 L'autre jour je m'étais mis en tête de réaliser un couscous pour quelques amis "rapatriés". J'avais pour cela acheté le nécessaire, le collier d'agneau, le poulet, les légumes, les épices et tout le reste. Alors que je préparais les keftas à la menthe, je me dis que mes amis apprécieraient sûrement quelques merguez à l'apéritif, la  kémia, avec laquelle on boit volontiers l'anisette.

Je descendais promptement les quelques étages de l'immeuble où je loge sis rue Elisée Reclus. Je me disais qu'il devait y avoir près d'ici , comme partout à Saint-Etienne, pas mal de magasins arabes. J'avais acheté les marchandises évoquées plus haut auprès de rares petits commerçants européens. Mais là, pris par le temps, oubliant mes états d'âme, je cherchais le boucher hallal qui me délivrerait  au plus vite les fameuses saucisses pimentées.

J'arpentais quelques mètres plus loin la rue du Théâtre , et, ce qui ne m'avait jamais apparu jusqu'alors, me sauta aux yeux. J'étais l'un des rares Français, en tout cas d'origine, dans cette artère faite d'échoppes orientales. Je me remémorais mon enfance d'il n'y a pas si longtemps. La ville présentait un tout autre visage. Les petits bistrots ont cédé devant les kebabs. Je me trouve, comme tous les Stéphanois, et beaucoup de Français, victime d'une sourde colonisation.

Avec un goût de cendre dans la bouche, comme celui qui vient d'apprendre qu'il est malade, j'atteignais  la boucherie hallal qui regorgeait d'une bruyante clientèle allogène. C'est là, alors que je patientais douloureusement, que j'avisais près de la caisse du boucher, une tirelire. Non pas celle de notre mémoire qui représente un goret bien gras, mais une boîte simple sur laquelle on pouvait lire que l'argent collecté auprès des clients irait à la Tchètchénie "martyre". 

J'en restais bouche bée et eus quelque difficultés à formuler ma commande auprès du commerçant musulman.

Ici, dans une ville du cœur de la France on organise ouvertement le financement d'une guérilla islamiste parmi les plus intransigeantes (les russes en savent quelque chose!).

Je rentrais chez moi la tête dans les épaules (et les merguez sous le bras), comme le Serbe rentrait chez lui à Pristina, sachant que le temps à passer dans sa propre maison était inexorablement compté; ici c'est le Kosovo. Je hâtais le pas, pressé de rejoindre l'anisette et mes amis Pieds Noirs.

 

Sébastien M.