Bernard Lugan : "La France n'a pas pillé l'Afrique, c'est tout le contraire qui s'est produit !"

Publié le 17 Avril 2015

Bernard Lugan : "La France n'a pas pillé l'Afrique, c'est tout le contraire qui s'est produit !"

Bernard Lugan, né le 10 mai 1946 à Meknès (Maroc), est un historien français spécialiste de l'Afrique. De 1972 à 1983, il enseigne à l'Université nationale du Rwanda, pays dans lequel il mène également des fouilles archéologiques. De 1984 à 2009, il est maître de conférences à l'université de Lyon III, où il assure différents cours autour de l'histoire de l'Afrique et de la francophonie. Il dispense également pendant cette période des conférences à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) ainsi qu'à l'Ecole de guerre au sein du module « Histoire et géostratégie de la francophonie ». En 2009, il publie une histoire universelle de l'Afrique sous le titre Histoire de l'Afrique, des origines à nos jours.

Invité sur TV5 Monde et par Michel Field pour présenter son dernier livre "Osons dire la vérité à l’Afrique", Bernard Lugan avait été déprogrammé quelques heures avant les deux émissions. Il répond à Présent :

PRESENT: A l’époque coloniale, les colonisateurs ont-ils pillé le continent ?

Bernard LUGAN : C’est tout le contraire qui s’est produit, car nous savons depuis Jacques Marseille que la France s’est ruinée et épuisée en construisant en Afrique 50 000 kilomètres de routes bitumées, 215 000 kilomètres de pistes carrossables en toutes saisons, 18 000 kilomètres de voies ferrées, 63 ports équipés, 196 aérodromes, 2 000 dispensaires modernes, 600 maternités, 220 hôpitaux dans lesquels les soins et les médicaments étaient gratuits.

En 1960, 3 800 000 enfants des colonies africaines étaient scolarisés et, dans la seule Afrique noire, 16 000 écoles primaires et 350 écoles secondaires (collèges ou lycées) fonctionnaient. En 1960 toujours, 28 000 enseignants, soit le huitième de tout le corps enseignant français, exerçaient sur le continent africain.

Pour la seule décennie 1946-1956, et alors que la décolonisation était en marche, la France dépensa en infrastructures, dans son empire, la somme colossale de 1 400 milliards de francs de l’époque !

De plus, la France ne se fournissait pas à bon compte dans son empire africain dont elle subventionnait en amont les productions avant de les acheter, en aval, au-dessus des cours mondiaux.

A l’exception des phosphates du Maroc et de quelques productions sectorielles, l’empire ne lui fournissait rien de rare. C’est ainsi qu’en 1958, 22 % de toutes les importations coloniales françaises étaient constituées par le vin algérien, d’ailleurs payé 35 francs le litre alors qu’à qualité égale, le vin espagnol ou portugais valait 19 francs. [...]"